La Gespa est l’autorité intercantonale de surveillance des jeux d’argent en Suisse. Elle autorise et contrôle les loteries, les paris sportifs et les jeux d’adresse exploités de manière automatisée, intercantonale ou en ligne. La loi désigne cet ensemble comme les jeux de grande envergure. Elle ne s’occupe pas des casinos. Cette compétence revient à la Commission fédérale des maisons de jeu, la CFMJ. Basée à Berne, la Gespa a repris en 2021 le nom et les tâches de l’ancienne Comlot, qui exerçait la même mission depuis 2006.
Son dernier bilan a été publié en juin 2026, pour l’exercice 2025. Il contient un fait que peu de sites reprennent encore. Le marché qu’elle surveille a reculé pour la première fois depuis plusieurs années. Dans le même temps, sa liste de sites bloqués est passée de 490 à 671 noms de domaine en douze mois. Les implications concrètes de ces deux évolutions, pour un joueur comme pour un opérateur, sont détaillées ci-dessous.
Une compétence précise, souvent confondue avec celle de la CFMJ
L’article 106 de la Constitution fédérale sépare deux régimes. Il a été accepté en votation populaire le 11 mars 2012. Les maisons de jeu relèvent de la Confédération, via la CFMJ. Cette dernière délivre les concessions de casino et surveille la roulette, le blackjack, le poker de casino, le punto banco et les machines à sous. Les loteries, les paris sportifs et les jeux d’adresse relèvent en revanche des cantons. Ceux-ci exercent cette compétence à travers la Gespa, mais seulement lorsque ces jeux sont automatisés, intercantonaux ou proposés en ligne. La loi fédérale sur les jeux d’argent, la LJAr, est entrée en vigueur le 1er janvier 2019. Elle a précisé cette frontière et y a ajouté les jeux d’adresse automatisés à partir de la même date.
Un troisième niveau existe et il se confond parfois avec les deux premiers. Ce sont les jeux de petite envergure: ni automatisés, ni intercantonaux, ni en ligne. Une petite tombola, un pari sportif local ou un tournoi de poker de faible ampleur en font partie. Leur autorisation reste cantonale et ne passe pas par la Gespa. Un organisateur de tournoi de poker local dans un seul canton s’adresse donc au service cantonal compétent, pas à la Gespa.
De la Comlot au concordat de 2021
L’institution a commencé son activité le 1er juillet 2006, sous le nom de Comlot. Elle agissait alors dans le cadre d’une convention intercantonale antérieure à la LJAr. Le concordat intercantonal sur les jeux d’argent, le CJA, est entré en vigueur le 1er janvier 2021 et a remplacé cette convention. C’est à cette date que la Comlot est devenue la Gespa. Ses procédures en cours ont été reprises telles quelles par la nouvelle structure. Le conseil de surveillance en est l’organe suprême. Il compte cinq membres, élus pour quatre ans par la conférence spécialisée des gouvernements cantonaux concernés. Deux membres viennent de Suisse romande, deux de Suisse alémanique et un de Suisse italienne. Jean-Michel Cina en assure la présidence depuis le 1er janvier 2022. Manuel Richard dirige le secrétariat permanent.
Comment un jeu ou un opérateur devient autorisé
Un exploitant de jeux de grande envergure doit obtenir une autorisation d’exploitant auprès de la Gespa. Il doit ensuite obtenir une autorisation distincte pour chaque jeu qu’il propose. En Suisse, deux sociétés seulement se partagent ce marché pour les loteries et les paris sportifs: Swisslos côté alémanique et tessinois, la Loterie Romande côté francophone. En 2025, la Gespa a autorisé 62 nouveaux jeux proposés par ces deux sociétés. Elle a aussi validé 59 modifications de jeux existants. Les jeux d’adresse automatisés forment un marché distinct, plus fragmenté: 17 exploitants y étaient actifs en 2025. Fin d’année, 1406 appareils automatiques étaient en exploitation, contre 1540 fin 2024. Cette baisse du parc n’a pourtant pas empêché le revenu brut du segment de progresser légèrement.
Le blocage des offres illégales: mécanisme et chiffres 2025
Depuis le 1er juillet 2019, les fournisseurs suisses d’accès internet bloquent les domaines figurant sur les listes noires de la Gespa et de la CFMJ. Le blocage passe par un filtrage DNS. La base légale se trouve aux articles 86 à 92 de la LJAr. Elle prévoit la publication de la liste, une notification à l’exploitant visé avec un délai d’opposition, la communication aux fournisseurs d’accès, une information affichée aux internautes redirigés et une procédure de retrait si la situation change. Un opérateur inscrit reste juridiquement libre de proposer ses jeux ailleurs. L’accès depuis la Suisse lui reste toutefois coupé.
Fin 2024, la liste de blocage de la Gespa comptait 490 noms de domaine. Quatre listes avaient été publiées cette année-là, sans qu’aucune opposition ne soit déposée. Fin 2025, après cinq listes publiées, ce total est passé à 671 domaines. Cela représente 181 noms de plus en un an, environ 37 % de hausse par rapport à fin 2024. Cette progression ne mesure pas nécessairement plus de fraude qu’avant. Elle peut aussi traduire une détection plus systématique par la Gespa elle-même. Le rapport annuel ne permet pas de trancher entre les deux explications. Aucun autre document public ne comble cet écart pour le moment.
Le registre des exclusions: ce qu’il couvre et qui y a accès
L’article 82 de la LJAr impose une obligation précise. Les maisons de jeu et les exploitants de jeux de grande envergure qui prononcent des exclusions doivent tenir un registre des personnes concernées et se communiquer mutuellement les données. La loi ajoute qu’ils peuvent tenir ce registre en commun, mais que seuls les participants à sa gestion y ont accès. Une exclusion, une fois inscrite, vaut pour les casinos terrestres et en ligne ainsi que pour les jeux de grande envergure en ligne. Elle s’applique sur tout le territoire suisse et, depuis le 7 janvier 2025, au Liechtenstein.
Sur ce point, des sources par ailleurs sérieuses présentent des versions contraires. Certains sites juridiques décrivent ce registre comme un fichier national tenu par la CFMJ. La CFMJ affirme pourtant le contraire sur sa propre page consacrée à l’exclusion des jeux. Elle n’a pas accès à ce registre et ne peut pas savoir qui y figure. Le texte de loi confirme cette seconde version. La tenue du registre appartient aux exploitants qui prononcent les exclusions, pas à une autorité de surveillance extérieure. Pour un joueur qui se demande qui peut consulter son inscription, la réponse correcte est donc les opérateurs participants, ni la CFMJ ni la Gespa.
Le marché sous surveillance en 2025: un premier recul
Après plusieurs exercices de hausse continue, la statistique 2025 marque une rupture. Les loteries et paris sportifs de grande envergure ont généré un chiffre d’affaires de 3,87 milliards de francs, en baisse de 2,4 % par rapport à 2024. Le revenu brut des jeux s’est élevé à 1,20 milliard, en recul de 3,7 %. Les bénéfices nets reversés à des buts d’utilité publique ont atteint 814 millions, soit 4,7 % de moins qu’en 2024.
| Indicateur (jeux de grande envergure) | 2024 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Chiffre d’affaires | 3,67 mrd CHF (dérivé du taux annoncé) | 3,87 mrd CHF | -2,4 % |
| Revenu brut des jeux (RBJ) | 1,25 mrd CHF | 1,20 mrd CHF | -3,7 % |
| Dépense nette par habitant | environ 138 CHF | 132 CHF | -4,3 % |
| Domaines sur liste de blocage (fin d’année) | 490 | 671 | +37 % |
Le détail publié par la Gespa permet une vérification simple. Chaque habitant a dépensé en moyenne 424 francs en mises. Il a récupéré 292 francs de gains. La différence donne 132 francs, exactement le chiffre net annoncé pour l’année. En rapportant le chiffre d’affaires total à cette dépense moyenne, on retombe sur environ 9,1 millions d’habitants. C’est un ordre de grandeur cohérent avec la population résidente de la Suisse en 2025. Les deux calculs se recoupent. Cela écarte une erreur grossière dans la statistique publiée.
Ce recul reste circonscrit aux jeux de grande envergure classiques. Le segment des jeux d’adresse automatisés a lui progressé. Son revenu brut a atteint 19,2 millions de francs en 2025, en hausse de 2,3 % malgré la baisse du nombre d’appareils en service.
Lutte contre le crime organisé et nouvelles formes de jeu
La Gespa mène ses propres procédures administratives. Elle appuie aussi les autorités pénales cantonales, sans se substituer à elles. En 2025, elle a examiné 42 décisions pénales cantonales et soutenu 25 enquêtes. Son appui a pris la forme d’analyses informatiques forensiques et de rapports techniques utilisés comme preuves devant les tribunaux. Le rapport annuel signale que la fragmentation des compétences entre cantons complique cette lutte, sans détailler de solution arrêtée.
En octobre 2025, la Gespa a déposé une plainte pénale concernant FIFA Collect, une plateforme de collection numérique sur blockchain. Le cas illustre la manière dont l’autorité étend son analyse à des offres qui ne se présentent pas comme des jeux d’argent classiques. Ces offres peuvent pourtant en remplir les critères légaux.
Ce que la Gespa ne fait pas
Trois limites méritent d’être rappelées. Elles sont à l’origine de la plupart des confusions décrites plus haut. La Gespa n’autorise ni ne surveille les casinos, physiques ou en ligne. C’est la CFMJ qui s’en charge, en plus des concessions octroyées par le Conseil fédéral. La Gespa ne gère pas seule le registre national des exclusions. Sa tenue relève légalement des exploitants concernés. Enfin, la Gespa ne dispose d’aucun pouvoir de sanction pénale autonome contre le marché illégal. Elle prépare des dossiers et soutient les procureurs cantonaux, qui restent seuls compétents pour poursuivre.
Vérifier soi-même qu’un opérateur est autorisé
Trois vérifications suffisent en général. La première consiste à chercher le nom de l’opérateur sur la liste de blocage publiée par la Gespa et par la CFMJ. Y figurer est une réponse définitive et négative. La deuxième consiste à consulter la liste des exploitants autorisés. Elle est publiée sur gespa.ch pour les loteries, les paris sportifs et les jeux d’adresse. Pour les casinos et leurs extensions en ligne, c’est le site de la CFMJ qu’il faut consulter. La troisième relève d’un signal complémentaire, sans valeur de preuve: la publicité. L’article 74 LJAr interdit toute publicité pour une offre de jeux non autorisée en Suisse. Une campagne visible et assumée est donc peu compatible avec un statut illégal.
Sources et limites
Les chiffres 2025 cités ici proviennent du communiqué de bilan annuel de la Gespa, publié le 9 juin 2026. Les données 2022 à 2024 proviennent des communiqués annuels correspondants. La valeur 2024 du tableau ci-dessus n’a pas pu être recoupée avec la même précision que celle de 2025. Elle a été dérivée par calcul inverse à partir du taux de variation annoncé, non reprise telle quelle d’un communiqué antérieur.