L’ESBK, ou Commission fédérale des maisons de jeu (CFMJ), est l’autorité suisse qui surveille les casinos. Elle perçoit l’impôt sur les maisons de jeu et lutte contre l’offre de jeu illégale. Son périmètre s’arrête aux jeux de casino, terrestres et en ligne. Les loteries, les paris sportifs et les jeux d’adresse relèvent d’une autre autorité, Gespa. C’est un point que confondent régulièrement les pages qui présentent les deux sigles comme interchangeables, tout comme les limites exactes de sa compétence.
Le reste de cet article détaille ce que l’ESBK contrôle réellement, comment elle bloque le jeu non autorisé et où va l’argent qu’elle collecte. Il explique aussi pourquoi le nombre de casinos suisses cités d’un site à l’autre varie autant. Ce dernier point mérite un calcul, pas une opinion. Les chiffres qui circulent, 20, 21 ou 22 établissements, 5, 9 ou 10 plateformes en ligne, désignent souvent des moments différents d’un même paysage en mouvement. Ce ne sont pas des versions contradictoires d’un même fait.
Ce que la loi confie à l’ESBK
La base légale est la loi fédérale sur les jeux d’argent (LJAr), entrée en vigueur le 1er janvier 2019. Le peuple suisse l’avait approuvée à 73,1 % lors de la votation du 10 juin 2018. Le texte organise un système à deux étages. Le Conseil fédéral octroie les concessions d’exploitation, pour une durée fixe et par zone géographique. L’ESBK, elle, instruit les dossiers et vérifie que les conditions légales sont remplies. Elle délivre aussi les autorisations de jeu propres à chaque table ou machine, encaisse l’impôt et sanctionne les manquements. Concrètement, l’ESBK ne décide pas seule qui obtient une concession: elle recommande, le Conseil fédéral tranche. Beaucoup de résumés effacent cette nuance en présentant l’ESBK comme seule autorité d’octroi.
Deux catégories de concession coexistent. Les casinos de type A n’ont pas de plafond de mise. Ils versent l’intégralité de leur impôt à l’assurance vieillesse et survivants (AVS). Les casinos de type B plafonnent les mises sur les jeux automatisés à 25 francs. Leur impôt se partage entre l’AVS et le canton d’implantation. Cette distinction explique pourquoi deux casinos voisins peuvent afficher des règles de mise différentes sans que l’un des deux soit en infraction.
ESBK et Gespa: deux autorités, pas une hiérarchie
L’erreur la plus fréquente sur ce sujet consiste à traiter Gespa comme une antenne de l’ESBK, ou comme une simple évolution du même organe. Ce sont deux institutions distinctes, avec des bases légales et des périmètres différents. L’ESBK supervise les casinos, terrestres et leurs extensions en ligne. Gespa est une autorité intercantonale, née de la fusion de Comlot avec les organes cantonaux. Elle supervise les loteries, les paris sportifs et, en partie, les jeux d’adresse à grande échelle. Sa base légale est le Concordat sur les jeux d’argent de 2020, pas la LJAr fédérale directement.
La conséquence pratique concerne le recours. Un litige sur un retrait bloqué dans un casino en ligne relève de l’ESBK. Un litige sur un billet de loterie ou un pari sportif relève de Gespa. Adresser une plainte à la mauvaise autorité ne l’invalide pas juridiquement, mais retarde le traitement. Plusieurs guides destinés aux joueurs suisses orientent encore vers l’ESBK pour des sujets qui ne sont pas de son ressort.
Combien de casinos sont autorisés en Suisse: un calcul, pas une contradiction
Trois chiffres circulent pour le nombre de maisons de jeu terrestres (20, 21, 22) et trois pour le nombre de plateformes en ligne (5, 9, 10). Aucun n’est faux en soi si on le rattache à sa date. Voici la reconstitution, à partir des seules sources primaires disponibles.
| Date | Casinos terrestres | Plateformes en ligne | Contexte |
|---|---|---|---|
| 2023 | 22 | 12 | Ancien régime de concessions, avant l’appel d’offres pour 2025 |
| Novembre 2024 | 21 | 10 | Dernière année des concessions expirant le 31 décembre 2024 |
| Fin 2025 | 20 | 9 | Première année du cycle 2025-2044, casino de Schaffhouse fermé faute de concession renouvelée |
| Mars 2026 | 20 | 10 | Une extension en ligne supplémentaire accordée au premier trimestre |
La baisse de 22 à 20 casinos terrestres ne traduit donc pas un déclin du secteur. Elle traduit l’attribution normale des nouvelles concessions pour la période 2025-2044, décidée par le Conseil fédéral le 29 novembre 2023. À l’issue de cette procédure, la zone de Schaffhouse est restée sans exploitant, faute de candidat répondant aux critères. La CFMJ a indiqué pouvoir remettre cette concession au concours au premier trimestre 2026. Le passage de 9 à 10 plateformes en ligne entre fin 2025 et mars 2026 correspond, lui, à l’octroi d’une extension de concession supplémentaire. C’est un événement ordinaire du calendrier des autorisations. Ce n’est pas une révision du chiffre précédent.
Un comparateur consulté début 2026 a pu afficher 5 casinos en ligne seulement, en listant des numéros de concession au format 100.0X. Ce format ne correspond à aucune nomenclature utilisée par l’ESBK. Ce chiffre de 5 ne correspond à aucune date connue du paysage réel. Il s’agit vraisemblablement d’une liste partielle, recopiée sans vérification et présentée comme actuelle.
Le mécanisme de blocage du jeu illégal
L’ESBK ne se contente pas d’autoriser: elle bloque. La LJAr prévoit un blocage de l’accès aux offres de casino non autorisées. Il s’applique lorsque l’exploitant a son siège à l’étranger ou dissimule sa localisation. L’ESBK tient à jour une liste de domaines bloqués, publiée par renvoi dans la Feuille fédérale. Les fournisseurs d’accès suisses doivent empêcher techniquement l’accès à ces sites depuis le territoire.
Le mécanisme est un blocage DNS. Il empêche la résolution du nom de domaine depuis un réseau suisse. Cela n’équivaut ni à une fermeture du site, ni à une sanction contre l’opérateur, qui reste hors de Suisse et hors de portée de l’ESBK. Jouer sur un site non autorisé n’est pas punissable pour le joueur suisse selon la législation sur les jeux d’argent. Il le fait néanmoins à ses risques. Aucun accès au système national d’exclusion, aucune garantie sur le générateur de nombres aléatoires, aucun recours devant l’ESBK en cas de litige sur un paiement: l’opérateur ne relève pas de sa surveillance. L’absence de sanction pour le joueur ne signifie pas une absence de risque. Elle signifie seulement une absence de protection.
Le nombre exact de domaines bloqués change en permanence. Les chiffres publiés par des sites tiers, de l’ordre de deux mille à trois mille en 2026, datent tous d’un instant différent de la liste. Pour un chiffre fiable au jour de la lecture, seule la liste publiée sur esbk.admin.ch fait foi.
L’impôt sur les maisons de jeu et l’AVS
L’impôt sur le produit brut des jeux est progressif, de 40 % à 80 % selon le volume. Pour les casinos de type A, il est reversé intégralement à l’AVS. Pour les casinos de type B, 60 % vont à l’AVS et 40 % au canton d’implantation. Le rapport d’activité 2024 de la CFMJ a été pris en compte par le Conseil fédéral le 25 juin 2025. Ce mécanisme a transféré 358 millions de francs à l’AVS cette année-là. C’est un montant stable par rapport à 2022, où 364 millions avaient été versés. La même année, la CFMJ a mené 38 perquisitions dans le cadre de sa lutte contre le jeu illégal. L’autorité présente elle-même ce chiffre comme le plus élevé de son historique récent.
Les chiffres 2025 détaillés, portant sur la première année du nouveau cycle de concessions, ont été soumis au Conseil fédéral le 19 juin 2026. La CFMJ y décrit un paysage resté globalement stable malgré les changements structurels mentionnés plus haut. Le montant exact reversé à l’AVS pour 2025 n’était pas publié dans les documents accessibles au moment de la rédaction.
Protection des joueurs et recours
L’accès aux casinos, terrestres et en ligne, est réservé aux personnes de 18 ans révolus, en vertu de l’article 72 LJAr. Chaque concessionnaire doit mettre en œuvre un programme de mesures sociales. Cela comprend la détection des joueurs à risque et des outils d’auto-limitation des mises et de la durée de jeu. S’y ajoute un système d’auto-exclusion, valable dans l’ensemble des maisons de jeu suisses pour une durée minimale de trois mois. Une enquête du pôle investigation de la RTS a relevé en 2022 des lacunes de détection précoce dans près de la moitié des établissements suisses, terrestres et en ligne confondus. Ce constat a nourri un débat sur les conflits d’intérêt inhérents à un système où l’opérateur finance et applique lui-même sa propre prévention. Le think tank Avenir Suisse a notamment porté cette critique.
Pour toute question ou situation de jeu problématique, la ligne nationale sos-jeu répond gratuitement et anonymement au 0800 040 080. Elle fonctionne en français, allemand et italien, 24 heures sur 24, et couvre l’ensemble du territoire suisse, indépendamment de l’opérateur en cause.
Ce que l’ESBK ne fait pas
L’ESBK ne tranche pas les litiges de droit civil entre un joueur et un casino. Ce type de différend relève des tribunaux civils ordinaires. Elle n’a pas non plus compétence sur les petits jeux organisés en dehors des casinos, comme certains tournois de poker de faible enjeu, qui dépendent d’autorisations cantonales. Les loteries et les paris sportifs restent, eux, du ressort de Gespa. Une plainte contre un casino en ligne étranger non autorisé peut être signalée à l’ESBK aux fins de blocage. Mais l’autorité n’a aucun pouvoir d’exécution hors du territoire suisse. Elle ne peut ni geler des fonds détenus par l’opérateur, ni obtenir un remboursement au nom du joueur.
Vérifier une licence sans se fier au seul mot ESBK
De nombreux comparatifs de casinos en ligne affichent le sigle ESBK à côté de chaque plateforme, sans que cela garantisse une vérification récente. Deux signaux méritent une lecture attentive avant de faire confiance à un classement. D’abord, une affirmation de test personnel non datée ou impossible à vérifier, du type retraits chronométrés sur plusieurs mois. Une telle allégation ne remplace pas la consultation du registre officiel. Ensuite, des sites concurrents qui se présentent chacun comme le seul casino suisse autorisé sur telle ou telle caractéristique. Une licence ESBK n’accorde d’exclusivité sur aucun argument commercial. La contradiction entre deux pages affirmant la même exclusivité est en général le signe d’un contenu produit sans vérification croisée.
La méthode la plus fiable reste de consulter directement esbk.admin.ch, où figure la liste des plateformes actuellement autorisées. Une liste recopiée sur un site tiers, même récent, ne la remplace pas.
Ce qui n’est pas établi ici
La liste nominative précise des dix plateformes en ligne autorisées en mars 2026 est publiée par l’ESBK sous forme d’image sur son propre site. Aucune version texte n’était exploitable au moment de la rédaction. Les noms de domaines cités abondamment par des comparateurs commerciaux ne sont donc pas repris tels quels dans cet article. Leur exactitude à une date donnée doit être revérifiée directement auprès de l’ESBK avant toute publication qui s’appuierait dessus. Le montant exact de l’impôt reversé à l’AVS pour l’exercice 2025 n’était pas non plus disponible dans les documents publics consultés au moment de la rédaction.