L’Autorité nationale des jeux (ANJ) délivre les licences des opérateurs de paris sportifs, de paris hippiques et de poker en ligne. Elle autorise aussi les nouveaux jeux de la Française des jeux et du PMU. Et elle peut ordonner le blocage d’un site de jeu d’argent illégal, sans passer par un juge. Ce sont là ses missions et ses pouvoirs, résumés en quelques repères. Elle ne gère en revanche pas tout le secteur des casinos physiques, restés sous la tutelle du ministère de l’intérieur pour l’essentiel de leurs activités. La fiscalité du jeu, elle, relève de Bercy.
Son action couvre quatre objectifs fixés par la loi. Limiter le jeu excessif et protéger les mineurs. Garantir l’intégrité des opérations de jeu. Prévenir la fraude et le blanchiment. Maintenir un équilibre entre les différentes filières de jeu. Un site qui affiche un agrément ANJ a rempli des obligations précises sur ces quatre points. Un site qui ne l’affiche pas n’en a rempli aucune, quelle que soit la qualité apparente de son interface.
De l’ARJEL à l’ANJ: trois dates pour une seule naissance
Demander quand l’ANJ a été créée appelle trois réponses différentes. Aucune n’est fausse. Le texte qui l’institue, l’ordonnance n° 2019-1015, a été signé le 2 octobre 2019. Ce même texte n’est entré en vigueur que le 1er janvier 2020. C’est à cette date que l’ANJ existe juridiquement. Elle succède alors à l’Autorité de régulation des jeux en ligne (ARJEL), créée dix ans plus tôt par la loi du 12 mai 2010. Mais l’autorité n’a commencé à fonctionner concrètement qu’après la nomination de son collège de neuf membres, actée par décret du 15 juin 2020. Sa toute première séance s’est tenue le 23 juin 2020, autour d’Isabelle Falque-Pierrotin. Une page qui date la naissance de l’ANJ à janvier ne se trompe pas plus qu’une page qui la date à juin. La première parle du droit. La seconde parle du fonctionnement.
| Date | Événement |
|---|---|
| 12 mai 2010 | Loi créant l’ARJEL, régulateur des seuls jeux en ligne |
| 2 octobre 2019 | Signature de l’ordonnance n° 2019-1015 instituant l’ANJ |
| 1er janvier 2020 | Entrée en vigueur du texte, existence juridique de l’ANJ |
| 15 juin 2020 | Décret de nomination des neuf membres du collège |
| 23 juin 2020 | Première séance du collège, sous la présidence d’Isabelle Falque-Pierrotin |
| Mars 2022 | Loi remplaçant le blocage judiciaire des sites illégaux par un blocage administratif |
| 13 juin 2022 | Premier ordre de blocage administratif pris par la présidence de l’ANJ |
| 14 avril 2023 | Le Conseil d’État annule partiellement l’ordonnance de 2019 sur un angle mort de l’interdiction volontaire de jeux |
| 15 juin 2026 | Départ d’Isabelle Falque-Pierrotin après six ans de mandat |
| Mi-juin 2026 | Validation par le Parlement de la nomination de Pascal Chevremont |
Qui dirige l’autorité en 2026
Isabelle Falque-Pierrotin, ancienne présidente de la CNIL, a dirigé l’ANJ pendant tout son premier mandat de six ans. Elle a quitté ses fonctions le 15 juin 2026. Le gouvernement a proposé de lui succéder Pascal Chevremont, le 28 mai 2026. Ce contrôleur général économique et financier est passé par la direction générale du Trésor et par le suivi de FDJ United. Sa nomination a suivi la procédure prévue pour ce type de poste. D’abord une audition devant la commission des finances de l’Assemblée nationale, puis devant celle du Sénat. Chacune des deux pouvait s’y opposer, à la majorité des trois cinquièmes des suffrages exprimés. Le Parlement a validé ce choix à la mi-juin 2026. Une fiche qui présente encore Isabelle Falque-Pierrotin comme présidente en exercice décrit une situation qui n’est plus d’actualité depuis cette date.
Agrément et autorisation: deux mots, deux régimes
La confusion la plus fréquente porte sur le mot licence. L’ANJ délivre en réalité deux types de documents distincts, selon l’opérateur concerné. Aux opérateurs privés qui proposent des paris sportifs, des paris hippiques ou du poker en ligne en concurrence, elle accorde un agrément. Il est renouvelable, retirable et conditionné au respect continu des quatre objectifs de la politique des jeux. À la Française des jeux et au PMU, elle délivre autre chose: une autorisation préalable avant le lancement de chaque nouveau jeu, y compris un simple ticket à gratter. Ces deux sociétés détiennent des droits exclusifs accordés pour vingt-cinq ans à compter de 2019. Le raisonnement change avec le régime. Un opérateur agréé peut perdre son agrément si le marché se dérégule sous lui. Un jeu de la FDJ, lui, peut être retiré même s’il fonctionne bien, si l’ANJ estime qu’il ne respecte plus la politique des jeux.
L’offre légale en chiffres
Le produit brut des jeux, c’est-à-dire les mises moins les gains reversés aux joueurs, mesure la taille réelle du marché. En 2024, il a atteint 14 milliards d’euros selon le bilan publié par l’ANJ en mai 2025. C’est une hausse de 4,7% par rapport à 2023. Le calcul inverse permet de vérifier la cohérence de l’annonce: 14 divisé par 1,047 donne environ 13,37 milliards d’euros pour 2023. Ce chiffre est proche des 13,5 milliards que certains relais de presse avancent pour la même année. L’écart tient vraisemblablement à l’arrondi de chaque publication, pas à une contradiction réelle. La croissance de 2024 doit beaucoup au calendrier sportif. L’Euro de football et les Jeux olympiques de Paris ont porté les paris sportifs en ligne à 1,76 milliard d’euros, en progression de 19,1%. Le marché en ligne dans son ensemble progresse de 12%, à 2,6 milliards d’euros. FDJ United, avec près de la moitié du marché total, dépasse pour la première fois les 7 milliards d’euros de produit brut des jeux. En 2025, la progression ralentit nettement. Le produit brut des jeux atteint 14,1 milliards d’euros, soit environ 3% de plus que l’année précédente.
Le fichier des interdits de jeux: protection et angle mort
Toute personne peut demander à être inscrite au fichier national des interdits volontaires de jeux. La démarche est confidentielle. Elle bloque l’accès aux casinos et aux sites en ligne agréés, ainsi qu’aux jeux à compte de la FDJ et du PMU. La durée minimale est de trois ans. L’ANJ a repris la gestion de ce fichier au ministère de l’intérieur en 2021. Il comptait alors environ 40 000 inscrits. Il en compte aujourd’hui plus de 85 000, dont 19 000 arrivés sur la seule année 2024. La progression de 25% souvent citée pour les deux dernières années ne concerne que cette fenêtre récente. Elle ne dit rien du rythme de croissance depuis 2021. Sur quatre ans, l’effectif a en réalité plus que doublé, la hausse s’étant nettement accélérée dans sa phase la plus récente.
Ce dispositif a longtemps eu un angle mort que la communication institutionnelle ne mentionne pas. Le 14 avril 2023, le Conseil d’État a partiellement annulé l’ordonnance de 2019. Le motif: rien ne justifiait que l’interdiction volontaire de jeux, contrairement à l’interdiction administrative, ne s’applique pas aux terminaux physiques de loterie, de paris sportifs et de paris hippiques. Concrètement, un joueur inscrit au fichier pouvait, avant cette décision, continuer à jouer sur ces bornes précises. La même inscription lui fermait pourtant l’accès aux casinos et aux sites en ligne. La décision a obligé le pouvoir réglementaire à combler cet écart, sans attendre une prochaine réforme d’ensemble.
Bloquer un site illégal: méthode et limites
Avant mars 2022, faire fermer l’accès à un site de jeu illégal supposait une décision de justice. Le délai moyen était de quatre à six mois, malgré les efforts des magistrats du tribunal judiciaire de Paris. La loi visant à démocratiser le sport a remplacé cette procédure par un blocage administratif. Le mécanisme tient en trois étapes: un procès-verbal de constatation, cinq jours laissés à l’éditeur et à l’hébergeur pour réagir, puis un second procès-verbal en cas d’inaction. La présidence de l’ANJ peut alors agir directement. Elle ordonne aux fournisseurs d’accès et aux moteurs de recherche de bloquer ou déréférencer le site, sous le contrôle du juge administratif. Le délai de traitement est tombé à environ deux mois. Le premier ordre en ce sens date du 13 juin 2022. Deux ans et demi plus tard, l’ANJ avait rendu 506 actes de ce type. Ils ont permis le blocage de 2 365 URLs, soit près du double de ce qu’avait obtenu la procédure judiciaire en douze ans.
Pour la seule année 2024, deux documents publiés par l’ANJ elle-même affichent un léger écart de chiffre. Sa page consacrée à la lutte contre l’offre illégale annonce 232 ordres et 1 337 URLs bloquées. Son rapport annuel retient 231 actes et 1 335 URLs. La différence est trop faible pour changer le constat général. Elle illustre surtout que le blocage n’est jamais une opération achevée. Sur les 1 337 URLs de 2024, 910 concernaient des sites miroirs: des copies quasi identiques d’un site déjà bloqué, qui changent seulement d’adresse. Le cas du site CRESUS CASINO l’a montré en juin 2024. Bloqué après avoir accumulé plus de deux millions de visites en un mois, il est redevenu accessible sous un nouveau nom de domaine dans les jours suivants. Exploiter un site de casino en ligne sans agrément reste par ailleurs une infraction pénale. Elle est passible de trois ans d’emprisonnement et de 90 000 euros d’amende, portés à sept ans et 200 000 euros en bande organisée.
Sanctions et contrôles
Le collège de l’ANJ s’est réuni treize fois en 2024. Il a adopté 186 décisions. Sur le volet répressif, sa commission des sanctions a prononcé neuf sanctions au cours de l’année. Certaines atteignaient 150 000 euros. Une décision supplémentaire, en janvier 2025, est venue clore un dossier relatif au jeu excessif. Le Conseil d’État a par ailleurs rendu deux décisions confirmant le pouvoir de l’ANJ d’encadrer l’offre de jeu et la stratégie promotionnelle des opérateurs sous droits exclusifs. C’est un point de friction récurrent avec la FDJ et le PMU depuis la privatisation de 2019.
Ce qui reste ouvert
Deux chantiers dépassent le cadre de cet article. Ils ne sont pas tranchés à l’heure où ces lignes sont écrites. L’éventuelle ouverture d’un marché du casino en ligne est régulièrement débattue au Parlement depuis plusieurs années, sans calendrier officiel. La nouvelle présidence est entrée en fonction au cours de l’été 2026. Le contexte est chargé: hausse de la fiscalité du secteur depuis juillet 2025, lancement d’un algorithme de détection du jeu excessif en mai 2026. Elle n’a pas encore publié d’orientation stratégique distincte de celle de sa prédécesseure. Ces deux points gagnent à être vérifiés directement sur le site de l’ANJ avant toute décision qui en dépendrait.
Jeu responsable
En France, l’accès aux jeux d’argent est réservé aux personnes majeures. Jouer comporte des risques d’endettement, d’isolement et de dépendance. Joueurs info service répond au 09 74 75 13 13. L’appel est anonyme et non surtaxé, sept jours sur sept, de 8h à 2h.